Chère lectrice,
Un dimanche pluvieux, étalée sur la moquette du salon, j’ai cru devenir riche.
Pas pour de vrai, bien sûr.
J’étais banquière. J’avais mis un hôtel sur les Champs-Élysées. Mon frère était ruiné, en prison. Je triais mes billets par couleur, les glissais sous le plateau. Parfois, j’en subtilisais un ou deux pour éviter la banqueroute. (Ne me jugez pas. On apprend vite à faire ce qu’il faut pour survivre dans ce jeu.)
C’était le Monopoly. Le vrai, l’original. Ou presque.
Hier soir, autour d’un dîner avec des amis, nous avons parlé de ces jeux de société que nous aimions enfants, et que nous transmettons aujourd’hui à nos enfants.
Elles : Les 7 familles, les loisirs créatifs…
Eux : Le Monopoly, Richesses du Monde — une sorte de Monopoly version matières premières. On n’y achète pas la rue de la Paix, mais des concessions de pétrole, de gaz, de cuivre.
Ils ont tous cité un jeu où il est question d’argent. De placements. D’achats. De pouvoir.
Et, sans le savoir, d’un jeu inventé… par une femme.
Maggie avait un plan
Elle s’appelait Elizabeth Magie.

Elle était féministe, engagée, farouchement opposée aux monopoles fonciers.
En 1904, elle invente un jeu pour illustrer ses idées.
Deux versions, deux visions du monde :
- Une version « monopoliste » : accumuler, écraser ses adversaires, gagner seul.
- Une version « prospérité » : taxer les terres, redistribuer les richesses, coopérer.
Son objectif est clair : montrer, par le jeu, les ravages des concentrations de pouvoir et d’argent. Le jeu se diffuse dans les cercles progressistes, universitaires, d’Harvard à Wharton.
Jusqu’au jour où un homme du nom de Charles Darrow met la main sur le concept, le renomme Monopoly, et le vend à Parker Brothers. En 1935, le jeu devient un phénomène mondial.
Magie est oubliée. Darrow devient millionnaire.
Un jeu de garçons pour apprendre aux filles à gagner
Ce que je trouve fascinant aujourd’hui, c’est tout ce que ce jeu m’a enseigné – sans que je m’en rende compte.
J’y ai effectivement appris que l’argent appelle l’argent.
Que ceux qui possèdent, achètent toujours plus, encaissent plus, et gagnent systématiquement.
Que les autres, à un moment ou un autre, se retrouvent à emprunter, vendre, supplier… ou abandonner.
Mais j’y ai aussi découvert l’ambition.
Le goût du risque.
La stratégie.
La négociation.
Et, j’ai goûté au pouvoir.
Un sentiment grisant… encore trop réservé à cette époque aux garçons.
Et si vous changiez les règles du jeu cet été ?
Les longues soirées d’été sont faites pour ça : s’amuser, réfléchir… et pourquoi pas, apprendre à gérer votre argent en famille sans jamais prononcer le mot éducation financière.
Voici deux jeux qui, sous couvert de rire et de mauvaise foi assumée, enseignent des leçons durables :
Richesses du Monde – À partir de 10 ans

Une version géoéconomique du Monopoly.
Au lieu d’acheter des rues, vous misez sur le cuivre chilien, le pétrole saoudien ou le gaz russe.
Une masterclass d’investissement (et de géopolitique) déguisée en jeu de plateau !
Cashflow – À partir de 12 ans

Conçu par l’auteur du célèbre livre d’investissement Père riche, père pauvre, vous apprenez à sortir de la dépendance à un conjoint, ou un employeur, en investissant dans des actifs qui rapportent régulièrement.
Un déclic pour penser comme un investisseur, même jeune.
Jouez avec vos amis, vos enfants, vos ados, vos petits-enfants.
Riez, trichez un peu. Mais surtout : ouvrez la porte à des discussions qui comptent et qui vous enrichissent mutuellement (au sens figuré cette fois).
Parce qu’apprendre à parler d’argent, c’est un super pouvoir.
Et on peut commencer à tout âge, il n’est jamais trop tard.
En vous souhaitant un bel été,
A très vite,
Laetitia