Quand l’Etat manque d’argent, il devient astucieux…
Chère lectrice,
Dans son dernier discours, Emmanuel Macron a lâché une déclaration lourde de conséquences pour votre épargne :
“Compte tenu de l’évolution des menaces,
nous aurons à faire de nouveaux choix budgétaires et des investissements supplémentaires (…).
J’ai demandé au gouvernement d’y travailler le plus vite possible.
Ce seront de nouveaux investissements qui exigent de mobiliser
des financements privés mais aussi des financements publics.”
Traduction : l’État doit trouver de l’argent supplémentaire, vite.
Or, la France peine à se financer :
Les taux d’emprunt français explosent depuis des mois :
Ils ont dépassé le niveau de la Grèce, mais aussi du Portugal et de l’Espagne !

Et les agences de notation qui ont dégradé la note de la France en décembre dernier, menacent de le faire à nouveau.

Mais c’est sans compter que quand l’Etat est fauché, il devient ingénieux.
Le Livret A, un piège bien huilé
Le Livret A, un super placement ?
Pas vraiment.
D’abord parce qu’il rapporte peu :
Vous vous en êtes probablement rendue compte : malgré la hausse des prix, le taux de votre Livret A est resté à la traîne… et votre pouvoir d’achat a fondu.

Mais aussi parce ce que vous ne le savez peut être pas, c’est avant tout une gigantesque levée de fonds publics déguisée :
Ce “placement” adoré des Français a vu le jour le 22 mai 1818, post débâcle napoléonienne.
A ce moment-là, l’État français, fauché comme les blés, cherche désespérément à renflouer ses caisses.
Un banquier visionnaire, Benjamin Delessert, avec le soutien du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, propose alors une idée de génie :
Créer une caisse qui permet à tous de « sécuriser leur épargne ».
Au départ, seuls les bourgeois s’y intéressent :
- En 1818, seuls 352 livrets sont ouverts.
- En 1835, 120 000 livrets ouverts,
- 1869, 2 millions.
Puis au début du 20ème siècle, sous l’effet de la publicité notamment, il est adopté massivement par les Français et Françaises :
- En 1910, 30 % des habitants en possèdent un,
- En 1920, 40%,
- En 1939, 47%.


Aperçu des affiches publicitaires diffusées entre 1910 et 1955 – crédits photos : Association pour l’Histoire – Caisse d’épargne
Aujourd’hui, le Livret A est devenu un produit d’épargne incontournable, détenu par 83% des Français.
Il est le plus gros bas de laine des Français, avec plus de 55M de comptes ouverts et 631 milliards d’euros.
Et ce que peu de gens savent, c’est que sur ces 631 milliars, 370 milliards sont entre les mains de l’Etat.
Alors 370 milliards pour financer… l’industrie de la défense ?
Lorsqu’un client ouvre un Livret A, les fonds déposés sont enregistrés sur le bilan de la banque, comme n’importe quel autre produit d’épargne.
Mais contrairement aux livrets classiques, ces sommes ne restent pas intégralement entre les mains des banques :
Elles en gardent 40,5%,
Tandis que 59,5% sont transférés à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), une institution financière publique, qui en assure la gestion et l’affectation.
En 2023, cela représentait environ 370,5 milliards d’euros centralisés à la CDC.
Son rôle principal est d’assurer le financement des missions d’intérêt général.
Jusqu’ici, cet argent servait à financer les logements sociaux, la transition écologique et le développement territorial.
Mais en mars 2024 le Sénat a voté une loi qui change la donne.
Une fois validée par l’Assemblée Nationale, cette loi permettrait à la CDC de financer les entreprises de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD).
Autrement dit, votre épargne pourrait alors financer l’industrie de la défense en France sans que vous l’ayez décidé directement…
Saviez-vous que votre argent pouvait être utilisé ainsi ?
Vous pouvez me répondre par e-mail, je lis tous vos messages.
À bientôt,
Laetitia